On the Rhône again, again !

Le Rhône en Nomad, ou les plaisirs de la petite navigation

C’est cet été, en traversant la France avec le bateau, que l’idée avait refait surface. Pourquoi ne pas profiter de nos étapes pour aller explorer quelques rivières ? Après tout, les campings offrant un accès direct à l’eau ne manquent pas. Encore faut-il qu’il y ait de l’eau ! Car cet été, nombre de cours d’eau semblaient avoir pris leurs vacances avant nous. Sans être tout à fait à sec, certains affichaient un étiage qui n’invitait guère à l’aventure.

Alors, plutôt que de mettre Venexiana à l’eau, pourquoi ne pas réveiller le Nomad, mon kayak gonflable, qui sommeillait depuis deux bonnes saisons ?

Je dois avouer quelques appréhensions au moment de ressortir la pompe. Après une aussi longue hibernation, dans quel état allais-je retrouver mon embarcation ? Mais non, tout allait bien. Le bateau à vent a retrouvé ses formes sans rechigner, et deux jours plus tard, il n’avait pas perdu une bouffée d’air. Une belle preuve de fidélité pour un compagnon qu’on avait un peu délaissé !

Je me suis donc livré à une revue de détail, retrouvant au passage les aménagements et améliorations que j’avais réalisés autrefois. Le palonnier, le safran moteur, la voile… Tout a rapidement retrouvé sa place, comme si ces deux années d’inactivité n’avaient été qu’une parenthèse.

Et puis, cerise sur le gâteau, j’avais conservé la remorque du Skerry. Voilà qui allait m’éviter les fastidieuses séances de gonflage et de dégonflage à chaque sortie. Certes, un kayak gonflable n’est pas vraiment conçu pour voyager sur une remorque, mais pour deux petits kilomètres entre la maison et le fleuve, on pouvait bien lui accorder cette fantaisie.

C’était compter sans les caprices de la remorque, qui avait passé un peu trop de temps à méditer sur les intempéries. Quelques problèmes de feux de signalisation, rien de bien méchant, mais suffisamment pour me faire manquer la dernière belle journée ensoleillée annoncée par la météo.

C’est donc sous un ciel couvert, mais heureusement sans pluie, que j’ai retrouvé mon terrain de jeu favori : le Rhône.

La mise à l’eau se fait à Chavanay, en bordure de la ViaRhôna. L’endroit est particulièrement commode : on peut stationner facilement et la cale, habituellement fréquentée surtout par les pêcheurs, permet de rejoindre le fleuve sans difficulté. Un petit coin tranquille où commence, à deux pas de chez soi, l’impression de partir en voyage.

Les piles de l’ancien pont sur le Rhône

Sur l’eau, presque personne. Deux grosses péniches seulement, qui poursuivent leur route avec cette majesté un peu indifférente des géants du fleuve.

J’ai d’ailleurs pris l’habitude d’emporter un petit miroir, ancien rétroviseur de vélo reconverti dans la marine fluviale. Il me permet de surveiller ce qui arrive dans mon dos sans devoir me dévisser le cou à chaque instant. Car ces mastodontes ont ceci de particulier qu’on ne les entend souvent qu’au dernier moment. Une discrétion assez paradoxale pour des engins de cette taille !

Je remonte donc tranquillement le Rhône, accompagné d’une foule de hérons, de cygnes et d’autres habitants ailés des berges. Les oiseaux semblent régner en maîtres sur ce paysage de fin d’été, indifférents à mon passage. Certains s’envolent avec une dignité offensée, d’autres me regardent passer comme si j’étais un drôle d’animal aquatique.

Des rives encore un peu sauvages …

En cette saison, le courant est modéré. Le fleuve a retrouvé son calme et ne charrie plus ces troncs et autres débris qui, lors des crues, rappellent qu’il peut aussi montrer un caractère beaucoup moins accommodant.

J’ai bien emporté ma voile, naturellement. Mais le petit vent du sud, pourtant de la bonne direction, se montre d’une timidité désespérante. À peine quelques risées pour frissonner à la surface de l’eau, pas de quoi faire avancer sérieusement le Nomad.

A la voile !

C’est donc le Torqeedo qui prend le relais. Après tout, cette sortie a aussi un objectif bassement technique : ramener la charge de la batterie aux environs de 60 % en prévision de l’hivernage. Il faut bien trouver de nobles justifications à nos envies de naviguer !

Saint Alban, ce n’est pas seulement une centrale nucléaire, c’est aussi un joli village.

Mais ce petit moteur électrique possède une qualité précieuse : il sait se faire oublier. Presque aucun bruit, aucune vibration gênante. On glisse doucement sur l’eau, dans un silence que troublent seulement le clapotis contre la coque, quelques cris d’oiseaux et, de loin en loin, le grondement assourdi de la circulation sur le berges.

Le Rhône déroule ses rives, les arbres commencent à prendre leurs couleurs d’automne et les collines du Pilat veillent sur le fleuve. On n’est pas en mer, on ne court aucun grand raid, on ne cherche ni record ni performance. On est simplement là, au ras de l’eau, à savourer ce privilège de naviguer sans autre destination que le plaisir d’être sur l’eau.

Et finalement, n’est-ce pas aussi cela, la petite plaisance ?

Le jour décline doucement lorsque je fais demi-tour. La lumière se fait plus douce, les berges s’assombrissent et le fleuve prend ces teintes un peu mystérieuses qui annoncent le soir.

Il est temps de rentrer !

C’est presque à la nuit tombée que je retrouve la cale de Chavanay, puis mes pénates.

Le Nomad a repris du service, la batterie est prête pour l’hiver, et moi, j’ai retrouvé ce plaisir particulier des petites escapades qui ne mènent pas bien loin, mais qui vous emmènent tout de même ailleurs.

Comme quoi, il n’est pas nécessaire de partir au bout du monde pour avoir le sentiment d’avoir voyagé. Parfois, deux kilomètres et quelques heures sur l’eau suffisent.

Des goûts et des poulies…

Disons que si je voulais vraiment avoiner en bateau, ce n’est probablement pas un Silmaril que j’aurais acquis, mais un machin en plastoc monté sur foils, avec des voiles noires en carbone de l’espace.

OK, j’ai un spi asymétrique et je ne me prive pas de l’envoyer lorsqu’il s’agit de tenter de mettre une petite longueur à mes camarades. Il faut bien conserver un minimum de dignité.

Mais je connais mes limites et je sais que bon nombre de copains sont de bien meilleurs marins que moi, surtout lorsque le vent commence à monter dans les tours et que la mer se met à gigoter, avec de charmants petits moutons carnivores sur les crêtes pour agrémenter le paysage.

Que voulez-vous, je suis un vieux schnock. Un vieux ronchon, si vous préférez. Pour moi, un bon bateau, c’est d’abord un beau bateau. Et un beau bateau, c’est avant tout une coque en forme, avec des courbes, des rondeurs et une silhouette qui donne envie de se retourner sur son passage.

Je sais, j’ai l’esprit de contradiction. Parce que, parallèlement, je suis aussi un geek et j’apprécie l’innovation, la technique et les voiliers capables d’aller très vite. Pourtant, j’ai un mal de chien à me faire aux nouvelles formes de coques et de carènes : les scows, les machins à foils…

C’est un peu comme avec les bâtiments de la Royale. Entre les cuirassés hérissés de canons façon Richelieu et certaines frégates actuelles au profil de fer à repasser furtif…

Et la Coupe de l’America, alors ?

Mais qu’est-ce que c’est devenu que ce cirque volant ?

Des engins qui ressemblent à des avions sans ailes, pilotés par des types casqués qui déboulent à des vitesses invraisemblables en moulinant dans tous les sens… Spectaculaire ? Certainement. Technologiquement fascinant ? Sans aucun doute.

Mais où sont passés les beaux défis ? Les élégants 12 M JI ? Un architecte, un bateau, un équipage, un pays et cette dramaturgie magnifique où l’on pouvait encore entendre :

« Il n’y a pas de second. »

Les petits jeunes chercheront la signification de la phrase.

Alors un voile aviron se doit d’être un minimum « vintage » !

Tout ça pour dire que je suis en train de remplacer, petit à petit, les poulies de Venexiana par des poulies en bois, et certains cordages par du chanvre — ou du simili-chanvre, parce qu’il ne faut tout de même pas pousser l’authenticité jusqu’à naviguer avec les moyens techniques de Christophe Colomb.

Je devrais recevoir d’ici quelques jours le palan commandé à Stefano pour mon écoute de grand-voile. Et je gamberge déjà pour adapter mon ancienne écoute de GV de Pirate du Rhône afin d’en faire un hale-bas.

l’ancien palan de grand-voile de Pirate du Rhône
Les poulies de Stefano que je devrais recevoir d’ici quelques jours…

Bref, mon bateau en époxy, avec tout de même un peu de bois au milieu devrait prendre progressivement un air encore plus néo-rétro.

Après, évidemment, on pourrait pousser la logique jusqu’au bout, envoyer la modernité se promener et acheter — ou construire — un Illur en vrai bois d’arbre, avec des voiles en coton, des cordages qui sentent le goudron et juste ce qu’il faut d’eau dans les fonds pour rappeler qu’on navigue sur un bateau traditionnel .

Mais il reste un léger problème.

C’est lourd.

Terriblement lourd.

Mais qu’est-ce que c’est beau !

Le Der à marée basse

Un des derniers rendez vous pour nos voile avirons. L’occasion de voir le Lac du Der en Champagne sous un aspect insolite.

Indépendamment de la sécheresse ambiante, le niveau du lac est progressivement abaissé pour l’hiver. L’automne c’est aussi la période de migration des grues qui quittent l’Europe pour l’Afrique et qui choisissent ce lieu humide pour une pause avant le grand voyage.

Si vous souhaitez participer : laisser un commentaire pour que l’on puisse vous contacter.

Non mais n’importe quoi ! Il reste de l’eau pour naviguer non de d’la…

Un calendrier pour les activités nautiques

Nouveau : je vais m’efforcer de tenir un calendrier sur l’Os à voile avec principalement :

  • les rassemblements voile aviron organisés par une structure (avec sécurité assurée sur l’eau, participation financière éventuelle),
  • les rassemblements voile aviron « informels » ou chacun est responsable de sa sécurité,
  • les fêtes nautiques,
  • les salons nautiques,

N’hésitez pas à signaler tout évènement qui m’aurait échappé !

Bouton en haut à gauche

Rassemblement de Sainte Croix

Si vous saviez l’émerveillement que peut procurer une envie de pisser vers trois heures du matin…

Entre le van et le bloc sanitaire du camping, on se décroche le cou pour contempler l’un des ciels les plus purs dont on puisse rêver. Les étoiles, les constellations et la Voie lactée s’y détachent avec un éclat dont nous prive, ailleurs, la pollution lumineuse de nos agglomérations.

copie d’écran de la web cam de Sainte Croix du Verdon (je ne vais pas aux lieux avec un appareil photo)

En levant les yeux, on songe aux marins de l’Antiquité qui naviguaient sur notre Mare Nostrum. Leur GPS était gratuit, ne nécessitait aucun abonnement et ne tombait en panne que lorsque les nuages s’en mêlaient. Il fallait simplement savoir regarder le ciel — et éviter de confondre l’étoile Polaire avec une luciole égarée dans la mâture.

Mais le lac de Sainte-Croix, dans le Verdon, n’est pas la mer, même s’il en possède parfois la couleur : un bleu éclatant, presque insolent, qui donne immédiatement envie d’y tremper une coque.

C’est donc un nouveau terrain de jeu pour Venexiana et son équipage, venus retrouver une joyeuse bande de copains, pour la plupart membres de la fameuse « Pareloup’s Connection ». Mais pas seulement…

Cette rencontre a été initiée par Denys l’Ancien, tyran non pas de Syracuse, comme son auguste prédécesseur, mais du Vela Rem Social Club, dont on ne saurait dire assez de bien sans risquer de passer pour des fayots de première.

Rappelons qu’à l’origine, le mot « tyran » ne désignait pas nécessairement un dirigeant cruel. Certains tyrans furent même appréciés parce qu’ils favorisaient le commerce, les travaux publics ou les classes populaires face à l’aristocratie. Pisistrate, tyran d’Athènes au VIᵉ siècle avant notre ère, en est un bon exemple. Il portait en outre un nom qui, vous en conviendrez, entretient un rapport assez troublant avec mon propos liminaire.

Notre tyran à nous favorise surtout la pratique de la voile-aviron. Qu’il en soit chaleureusement loué !

Mais il semblerait que je m’éloigne du sujet..

Un rassemblement de voile-aviron, c’est avant tout un lieu, un plan d’eau, un camping et une collection de jolis petits bateaux. À notre première ébauche de flottille est venu s’ajouter un second groupe de navigateurs : nos amis de l’association Rivages de Méditerranée.

Nous nous connaissons déjà bien, puisque nous avons eu l’occasion de naviguer ensemble sur le lac de Serre-Ponçon, lors de la rencontre des « Voiles d’en haut ». Autant dire que les retrouvailles se sont faites sans cérémonie inutile, mais avec toute la chaleur requise.

Le village de Sainte-Croix-du-Verdon est perché sur une colline abrupte. Tout en bas, au bord du lac, se trouvent le camping municipal Les Roches et le Club nautique et de loisirs de Sainte-Croix-du-Verdon.

Nous y sommes accueillis par Fabrice, le chef de base, qui se met en quatre pour nous faciliter la logistique. Deux cales sont disponibles pour la mise à l’eau, ainsi qu’un tracteur pour les manœuvres les plus délicates.

Une des deux cales de mise à l’eau

Comme Gilbert et son Vaurien, nous disposons d’un chariot de mise à l’eau. Nous pouvons donc garer nos bateaux pour la nuit dans l’enceinte même du club.

Venexiana sur son chariot dans l’enceinte du club

Pour les autres équipages, des bouées et des mouillages sont mis à disposition. Et même si l’eau est agréablement chaude, Fabrice réussit à dénicher une annexe afin que chacun puisse rejoindre son bord.

les bateaux au mouillage sur des bouées (on se croirait à Lanveoc !)

Bref : tot va ben !

Côté météo, le mot « canicule » a enfin déserté les conversations. Il fait beau, il fait chaud, et le vent reste plutôt léger. Un thermique se lève toutefois en fin d’après-midi, juste assez pour tirer des bords un peu plus dynamiques et donner aux équipages l’illusion flatteuse de participer à une régate internationale.

Ce furent donc trois jours de jolies navigations, bercées par le bruit de l’eau, le souffle du vent et, parfois, la flûte traversière de l’un de nos amis de Rivages de Méditerranée.

Le Morse Cool et son équipage Denis et Cécile

Ah ! oui, j’allais oublier un détail essentiel : les moteurs thermiques sont interdits sur le lac, à l’exception de ceux des bateaux de sécurité.

Autrement dit…

PAS DE JET-SKI !

Rien que pour cela, Sainte-Croix mérite cinq ancres au guide nautique de L’Os à Voile.

Une journée devait nous conduire jusqu’à une plage joliment baptisée « la plage rouge », pour un pique-nique au bord de l’eau. Car la voile-aviron est une activité nautique dont l’un des objectifs principaux consiste à trouver un endroit où s’arrêter afin de manger.

la plage Rouge site de notre pique nique

Nos amis de Rivages avaient également prévu une soirée festive dans leur club, situé de l’autre côté du lac, à Bauduen. Mais, pour une sombre affaire non pas de bottes d’oignons, mais de fâcheries entre édiles, la fête dut finalement se tenir au club de Sainte-Croix, qui mit une fois encore ses installations à notre disposition.

Avec les musiciens du groupe Les Marins des Alpes, la soirée s’anima au rythme des chansons de marins et des danses. Car avec les amis de Rivages de Méditerranée, on navigue, on chante… et surtout, on danse !

les danseurs : video de Christophe

Les autres soirs, nous nous retrouvions autour d’une sorte d’auberge espagnole improvisée dans l’enceinte du club. Chacun apportait quelque chose et tout finissait par circuler dans une joyeuse fraternité de salades, de charcuteries, de fromages et de bouteilles dont nous tairons pudiquement le nombre.

Voilà, en quelques mots, de quoi vous donner envie de nous rejoindre.

Sous l’vent : conçu et construit par son propriétaire avec un interessant moteur electrique intégré

Que l’on navigue en Bretagne, en Méditerranée, sur le lac du Der ou au milieu des eaux turquoise du Verdon, l’objectif reste toujours le même : retrouver les amis, mettre les bateaux à l’eau, naviguer et partager de beaux moments de convivialité.

Jusqu’à présent, c’est plutôt réussi.

Et si, en pleine nuit, une envie pressante vous conduit jusqu’au bloc sanitaire, n’oubliez pas de lever les yeux. Le plus beau souvenir du voyage n’est pas toujours celui que l’on avait prévu.

Venexiana : merci Jean pour la photo !